A la recherche de la Faculté

 

La première semaine, tous restèrent à l’auberge, histoire de se faire un peu oublier. Le temps passait, tranquillement, en parties de cartes, petites sorties en ville ou repas. Une nouvelle table avait été achetée et chacun enlevait ses chaussures pour monter à l’étage. Bref, on était heureux. Titefée et Manu enseignaient à Caelina quelques secrets de fées, Greg avait découvert en Chub un partenaire de blagues. Nirva et Petit-Pied partaient le matin pour ne rentrer que le soir. DJ, lui, ne quittait pas l’auberge. Il semblait réfléchir à longueur de journée. Bref, les jours passaient et personne ne s’en plaignait.

Mais les bonnes choses ont toujours une fin. Le matin de la séparation arriva. Il pleuvait à verse. La ville était vraiment sinistre. Seuls quelques tueurs et quelques voleurs erraient parmi les rues. Et nos amis allaient devoir sortir dans le froid sous la colère du ciel. Chaque groupe avait reçu des consignes et un toit où se rendre. Les absences de Nirva et Petit-Pied s’expliquaient : ils avaient contacté des amis dignes de confiance prêts à les héberger. Enfin, le moment des adieux se présenta. Chacun s’enfonça dans la pluie, en route vers ce qui ressemblait bien à l’inconnu.

Les quelques mois suivants furent calmes en ville. Aucun événement, aucune nouvelle ne vinrent perturber la quiétude de nos personnages jusqu’en décembre. Aucun événement ? Pas tout à fait en fait…

Mi-juillet. Titefée et Chub, dans le quartier des Héros, ont été accueillis par Amaury, un jeune garçon rempli de bonne humeur (*), et n’ont pas le temps de s’ennuyer. Leur hôte leur fait découvrir le quartier le plus déjanté de la ville, ce qui n’est pas pour déplaire à Chub. Les personnes les plus improbables se croisent dans les rues. Les héros passés. Les héros d’aujourd’hui. Des soldats, évidemment. Des voleurs, beaucoup. Des mendiants. Des bambins en culotte courte fascinés par le milieu les entourant. Un poilu, une fée haute comme trois pommes sur l’épaule…

Ce matin là, ils avaient eu la surprise de trouver Nirva et Petit-Pied en compagnie d’Amaury dans la cuisine à leur réveil. Juste pour voir comment ça allait. Ils étaient ensuite sortis, tous les cinq, allant de rues en passerelles, de bars en échoppes. En fin d’après-midi, ils s’arrêtèrent dans une petite auberge. « Aux Héros Décrépis »…

-Petite mais sympa, avait précisé Amaury.

Peu de consommateurs se trouvaient là. Amaury s’avança et s’adressa au patron, un ancien dresseur de dragons. Son avant-bras gauche était brulé au troisième degré. Il rit à une blague d’Amaury et leur désigna un coin de la pièce. Ils s’assirent donc, près d’une table occupée par deux personnes discutant férocement.

-…je te dis que c’est trop dangereux !

-Mais je veux y aller, je te paie pour ça !

-On n’y arrivera pas. Il nous faudrait des pouvoirs pour passer. Et on n’en a pas. Les Monts Tchouk sont le domaine des bêtes féroces. Les kalgals y pullulent.

-Ca, c’est mon boulot. Toi, tu nous guides, moi, je nous défends. Le jeu en vaut la chandelle, non ?

-Tu comptes trouver quoi déjà ?

-Le Livre Oublié des Elfes. Le dernier dépositaire de leur savoir.

A ces mots Titefée commença à dresser l’oreille.

-Ecoute, Djé, dit le guide, même si tu es fort, tu ne pourras vaincre tous les monstres que nous rencontreront. Seuls, nous mourrons.

Nirva semblait toute aussi intéressée que Titefée par la discussion à la table voisine. D’un regard, elle autorisa Titefée à aller voir les deux hommes.

(*) L’humeur est en effet une substance remplissant plus ou moins le corps humain. Il en existe de deux sortes : la bonne et la mauvaise.

 

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