La nuit est profonde sur les remparts du château. Pourtant, si l’on regarde bien, on peut distinguer trois silhouettes. Trois silhouettes sur le point de s’introduire à l’intérieur même de la forteresse. Trois silhouettes qui tentent leur dernière chance… Mais revenons un peu en arrière si vous le voulez bien. Deux ans plus tôt précisément.
C’est une journée comme les autres dans le village de Klimburg. On s’est levé tôt pour travailler. La récolte de blé s’annonce bonne, les élevages prospèrent, les commerçants écoulent leur marchandise dans les foires des quelques villages alentours. La sorcière installée dans la montagne sort peu (sous forme humaine tout du moins), ses chats visitent les cuisines du village jour après jour et sa fille, la belle et terrible Kro, s’amuse à noyer les chiots et à voler les pommes du vieux Coup’s. Bref, le temps passe, lentement, et personne ne s’en plaint. Mais si nous sommes à Klimburg en ce jour, c’est que, vous vous en doutez, il s’y est passé quelque chose. Et en effet, si l’on remonte un peu la piste dans la montagne vers Jirkane, la capitale provinciale, nous pouvons apercevoir un couple étrange qui progresse vers le paisible village.
-DJ, attend. On a encore perdu Petit-Pied.
-Il commence à me pomper celui là !
-Il faut le comprendre, il ne sait pas pourquoi il marche depuis plusieurs semaines, lui.
-Il n’avait qu’à pas venir dans ce cas. Ca fait trois jours qu’il ne fait que se plaindre.
Les deux personnages qui tiennent cette discussion ont autant de ressemblances physiques qu’une loutre et une girafe. DJ est grand, très grand. Sa démarche est chaloupée. Une longue épée pend à son coté. Nirva, à coté de lui, paraît minuscule. Elle est originaire d’Itiah et, comme tous les habitants de cette île, a la peau basanée. Elle s’amuse avec sa fronde tout en discutant avec son compère. Petit-Pied, le troisième larron, se trouve quelques lacets plus hauts. Il est le plus jeune de nos voyageurs, mais cela ne l’empêche pas de manier le bâton qui l’aide à progresser aussi bien qu’un chien manie sa queue. Et ce ne sont pas les quelques brigands rencontrés sur le chemin qui nous contrediront.
-Bon, alors, il est où , ton Petit-Pied ?
-C’est pas mon Petit-Pied d’abord. Tiens, regarde, le voilà !
-Bah dis donc… Il a l’air aussi joyeux que s’il allait passer devant le Sayet(*).
-Je ne suis pas sourd, DJ. C’est bon, j’arrive. On n’est pas pressés non plus.
-J’aimerais bien arriver avant la nuit quand même. On ne t’a pas forcé à venir, tu n’avais qu’à rester chez toi.
-C’est pas ça. Moi aussi je suis curieux de savoir ce que t’a légué ton arrière grand-tante. Mais avoue que ces derniers jours, il ne s’est pas passé grand chose.
-Je te le concède. Mais on y est presque. Encore un peu de courage. On dort dans un lit ce soir !
-Si tu me prends par les sentiments…
Et c’est en devisant ainsi que nos compagnons franchirent les premières maisons de Klimburg.
-Architecture post-traumatique, dit Petit-Pied.
-Ca veut rien dire ça ! répondit DJ.
-Et comment tu qualifies ces tas de torchis et de cailloux ?
-N’importe quoi…
-C’est bien ce que je dis.
-Quand vous aurez fini de dire des bêtises, vous essaierez de vous renseigner pour savoir où trouver le notaire de ce village, coupa Nirva.
Et c’est alors que le destin entra en jeu. Tout alla très vite. Le chiot déboula d’une ruelle à...
(*)Le Sayet est l’équivalent du Père Fouettard chez nous.